La force des émotions
Chez Florence Gillet, le paysage – l’Espagne, les rives de
la Gironde et de la Charente – ouvre sur l’imaginaire. Sa
peinture naît de son émotion physiquement vécue avec le
réel, qui, transposé à l’atelier par sa mémoire, revit dans
la magnificence de la couleur et la ténuité d’une écriture
rythmée. Dans les dessins et la gravure, c’est la ligne qui
installe l’horizon infini ; c’est encore elle qui écrit la
vastitude du ciel, les nuances des territoires castillans,
de la plage et des dunes, à partir du seul noir et du blanc
[…]. Une ligne que l’on retrouve dans sa peinture,
construite par strates colorées, dont l’énergie solaire
émerge et rayonne sur toute la surface, comme elle vibre en
mineur à la fleur du papier dans les dessins.
- Lydia Harambourg - La Gazette de l’Hôtel Drouot, 1er
février 2008
Belle tranche de vie picturale
Au
premier abord, l'œuvre apparaît abstraite et de structure
géométrique. D'évidence cependant, elle n'appartient pas à
cette frange froide et toute de rigueur de l'abstraction
concrète. Les lignes ne sont pas vraiment tracées au
cordeau, les couleurs franches frémissent, les nuances
chromatiques sont plutôt inhabituelles et affirmées. Les
plus légers tremblements sont de la partie, les
transparences également, un fin nuagisme dit aussi que la
perfection monochrome n'est pas recherchée, ce que
confirment les subtilités matiéristes qui ne sont cependant
jamais exploitées pour elles-mêmes. En un mot, tout cela a
l'air très naturel, vivant, par une luminosité vivement
colorée pleine d'énergie…
- Claude Lorent - La Libre Culture, 22 septembre 2004
Les
surprenantes gravures épurées de Florence
Gillet
[…] Tout le dénuement, l'âpreté, la dignité et la splendeur
de ces terres castillanes frappent d'autant plus que tout
se lit d'emblée, d'un trait. La réalité des paysages et de
leur âme, si fortement captée et transmise, emmène très
loin dans l'imaginaire. L'épuration tend tellement vers
l'absolu que les eaux-fortes deviennent presque abstraites,
ouvrant un univers saisissant, déroutant, inédit, entre le
réel et le mythe, le vrai et la distortion de l'espace et
du temps…
- Christine Lebas - La Montagne, 4 mai 2000
Peindre
l'infini
Peindre de petits tableaux aujourd'hui c'est ramer
doublement à contre-courant. D'abord parce qu'il y a la
peinture, ensuite parce que l'image contemporaine est
volontiers monumentale afin d'être saisie rapidement.
Florence Gillet n'a cure de ces tendances d'une époque.
Elle peint et merveilleusement, non pas des miniatures,
mais de vrais tableaux, sans dimensions réelles car la
structure horizontale des paysages, jamais anecdotiques,
leur offre une ampleur indépendante du format. L'espace de
ces rectangles de 12 sur 28 cm est incommensurable comme la
nature qui ne s'arrête pas à l'horizon de la vue. Peignés,
ravinés, fébriles, tout en reliefs subtils, ces petits
morceaux de choix sont des régals picturaux dont la
simplicité de construction évite tout égarement. La
peinture à l'état pur.
- Claude Lorent - La Libre Culture, 5 février 1999